dimanche 9 mai 2010

Vous avez dit déficits !

Toutes les forces vives de l’Europe se penchent enfin sur la situation des déficits publics des principaux pays européens en commençant par l’Angleterre et bien entendu la Grèce. Alors pourquoi la Grèce suscite-t-elle autant d’attention ? Tout simplement, car elle cosignataire du pacte de stabilité européen et qu’elle fait partie de la zone euro contrairement à l’Angleterre qui a vue sa monnaie se déprécier fortement en 2008 et 2009. D'autre part, les situations portugaises et espagnoles ne sont pas très éloignées avec respectivement des prévisions de déficits de 8.8 % et 9.8 % selon les prévisions publiées de la Communauté Européenne. Selon ce même rapport, la France creuserait encore son déficit en 2010 en atteignant 8 % du PIB d’où l’inquiétude de nos autorités pour essayer de juguler ce déficit afin de ne pas voir la notation des agences chargées des évaluations des risques se détériorer.

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J’ai inclus dans ce tableau la situation américaine, car je crois que « politiquement » le déficit de ce pays est une barrière protectrice que les agences hésiteront longtemps avant de franchir. Imaginez un instant que Standard & Poor dégrade la notation américaine ? Si mon raisonnement est logique, alors le Portugal et tous les pays suivants seraient à l’abri d’une dégradation de cette évaluation. Il n’en reste pas moins vrai que le pacte de stabilité monétaire qui prévoit un déficit maximum de 3% et un taux d’endettement inférieur à 60 % du PIB a volé en éclat et qu’aucune mesure n’a été prise pour sanctionner les pays qui dépassent ces taux en commençant par la France.

Il faut dire qu’avec un taux d’endettement à fin 2009 de 77,6 % du PIB nous ne sommes pas le meilleur élève de l’Europe !

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Certains affirmeront que la France est bien positionnée. Ce n’est qu’une affaire de jugement, notre pays étant il vrai positionné au milieu de l’échantillon des principaux pays européens juste derrière l’Espagne et le Portugal. Il est peut être utile de se rappeler une fois encore que nous sommes situés 17.6 points au dessus du maximum autorisé par le pacte de stabilité financière européen en ce qui concerne l’endettement et 5 points au dessus pour le déficit public.

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Quelque soit la nationalité ou le statut des agences de notation elles ne font que déplacer un curseur sur la barre de risque associé à un pays en associant principalement les deux éléments que nous avons présentés dans ce billet.

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Source de ce graphique : http://fr.wikipedia.org/wiki/Dette_publique_de_la_France

En ce qui concerne la France, nous observons une érosion de la dette publique qui est passée de 1000 milliards en 2003 à 1489 milliards d’Euros en 2009… soit 49 % d’augmentation ! Pour 2010, la situation s’aggravera encore avec un déficit supplémentaire supérieur à 100 milliards.


Quelle que soit la sémantique utilisée par les dirigeants de notre pays, des mesures drastiques doivent être prises pour juguler le recours à l’endettement et le déficit public. Cela peut passer en partie par un gel des investissements, mais surtout par un strict contrôle des dépenses. Et là, nous devons ajouter le facteur social à cette équation déjà bien compliquée. Car toute mesure impactera la vie des Français qui ne manqueront pas d’exprimer leur réprobation comme les Grecs le font actuellement, ceci d’autant plus que nous approchons d’une période électorale et que dans le même temps le gouvernement a lancé un programme de réforme des retraites qui pourrait ajouter un peu plus d’impopularité aux décisions qui seront prises et surtout appliquées.
Jean-Claude MORAND 08/05/2010