mercredi 7 septembre 2011

CRISE : Pourquoi pas un plan pour relancer l’économie avec un impact minimum sur les dépenses publiques ?

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Pour un dirigeant d’entreprise la notion de « recette » correspond à la satisfaction d’un besoin d’un prospect. Besoin qu’il est prêt à payer afin d’acquérir le service ou/et le produit proposé par l’entreprise. En analysant les signaux émis par l’Etat au cours de ces dernières semaines, il apparait clairement que la notion de « recette » est équivalente à l’impôt qu’il est possible économiquement et socialement de lever. Dans ces conditions, la recherche de la productivité et de satisfaction passe bien évidemment au second plan en situation de crise. Il faut absolument trouver 11 milliards d’euros, le plus simple et le plus rapide à court terme reste effectivement de lever des impôts ou de rogner sur quelques niches fiscales.


Nous sommes donc loin d’une vision industrielle ou commerciale qui est le propre de tout entrepreneur. Pourtant l’entreprise « France » à des capacités sous exploitées. Le 20 janvier 2011, le cabinet COE-Rexecode remettait au ministre de l’Industrie, à sa demande, un rapport fournissant 12 pistes[1] à exploiter pour compenser l’écart qui existe entre l’industrie de notre pays et celle de l’Allemagne. Quelles suites ont-elles été données à ces recommandations que je trouve pertinentes ?

Alors que nos concurrents et amis américains s’apprêtent à voter un plan de soutien de 300 milliards de dollars[2] pour relancer l’économie, la nôtre étant environ dix fois plus petite, nous devrions bien arriver à 30 milliards d’euros pour booster l’activité alors que nous venons d’accorder 15 milliards à la Grèce.

Au moment où nos Députés planchent sur la loi de finance rectificative une nouvelle lecture du rapport COE-REXECODE est intéressante car de nombreuses pistes pourraient être retenues et mise en œuvre à cette occasion dans le cadre d’un plan de relance ambitieux qui serait essentiellement ciblé sur les ETI[3] alors que les aides du Grand Emprunt ont prioritairement été affectées aux institutions parapubliques et grandes entreprises.

En voici quelques-unes en reprenant les titres des analystes de COE-Rexecode :
1) La culture industrielle : En France les efforts sont concentrés sur la R&D alors que les processus sont industriels beaucoup moins soutenus par les programmes d’aides. Ma proposition est donc d’influencer les organismes pourvoyeurs de subventions et financements pour qu’ils consacrent, à périmètre budgétaire inchangé, plus de moyens pour que les processus des PME et ETI soient améliorés afin de réduire les coûts d’opération. La mission des pôles de compétitivité devrait également être complétée dans ce sens.

2) Le rôle et la pérennité des entreprises familiales. Si le pacte Dutreil et l’exonération de l’outil industriel de la base de l’ISF, améliorent les conditions de transmission de l’entreprise, il pourrait être économiquement utile de le renforcer afin de stimuler la transmission du patrimoine industriel.

3) La proximité recherche-éducation-industrie. La flexibilité récemment donnée aux Universités de gérer leur budget est un premier pas en cette direction. La mutation peut sans doute être accélérée en réduisant le fossé entre le monde économique et les enseignants-chercheurs. Des mesures organisationnelles peuvent sans doute être prises mais aussi des actions de communication pour redorer le blason de la recherche du profit au sein de la communauté des chercheurs. Cela peut aussi passer par l’allocation – toujours sans augmentation des budgets – de 3% du PIB pour la recherche appliquée tel que le prévoit le Traité de Lisbonne.

4) La capacité des entreprises à travailler ensemble. De par leur petite taille, les entreprises françaises ont du mal à rejoindre les pôles de compétitivité, les programmes européens et plus généralement toute action collective. En lieu et place de saupoudrer les aides de faible valeur qui sont souvent une forme de clientélisme pour ceux qui peuvent en influencer les attributions, on cherchera à développer des ETI en soutenant des programmes plus ambitieux donc en allouant des montants plus importants sans pour autant augmenter l’enveloppe globale des aides.

5) La capacité des partenaires sociaux à travailler ensemble. Voilà un sujet délicat, mais qui mérite que les syndicats analysent les effets de seuil actuellement en vigueur en France. Combien de dirigeants limitent-ils leurs engagements pour ne pas dépasser 9 ou 49 salariés ? Là encore, le développement des ETI doit permettre un meilleur dialogue social. A titre personnel, je trouve que les conditions sont réunies pour une modification en profondeur de la réglementation pour donner plus de flexibilité aux entreprises tout en conservant la valeur ajoutée fournie par les salariés. Pourquoi ne pas élever les seuils obligatoires pour la présence d’un délégué du personnel et la constitution d’un comité d’entreprise ?

6) Taille et solidité financière des entreprises. Etant actif au sein d’une association de Business Angels, je reste surpris par le manque d’ambition des porteurs de projets. Beaucoup demandent moins de 100 k€ car ils souhaitent avant tout garder le contrôle de leur petite entreprise. Il est par ailleurs extrêmement difficile de lever des capitaux d’amorçage supérieur à un million d’euros. Dans la lignée du FSI ou des concours OSEO pour la création d’entreprises innovantes (tant sur le plan de la R&D que du process), il doit être possible d’offrir des fonds d’amorçage pour des sommes allant jusqu’à plusieurs dizaines de millions d’euros et pas seulement pour des en. S’agissant de prise de participation, ces investissements ne devraient pas être comptabilisés en dépenses et en toute logique, l’Etat ou les organismes financiers qui interviendraient pourraient sortir au bout de quelques années.

7) Le positionnement de la gamme des produits – Si le rapport COE-Rexecode remarque que l’industrie allemande est principalement positionnée sur le haut de gamme et que le souci principal des industriels est l’accès à une main-d'œuvre qualifiée. En France, la notion de gestion de gamme de produits est un concept marketing trop souvent absent de la stratégie des dirigeants des PME. Ces dirigeants sont avant tout des techniciens qui peuvent intégrer la fonction marketing dans leurs entreprises que lorsqu’elles atteignent une taille critique. Là encore, la taille des entreprises est donc un facteur clef. L’amélioration des performances des entreprises est donc liée à la présence d’équipes de direction soient pluridisciplinaires pour affronter la concurrence internationale. L’attribution des aides devrait être conditionnée à cette présence multidisciplinaire pour inciter les porteurs de projets à s’orienter vers des structures de type ETI.

Voilà donc quelques réflexions que je publie sur ce blog un peu comme si je jetais une bouteille à la mer. A la différence que quelques-uns de mes lecteurs sont des élus. J’espère donc que vous reprendrez ces idées car notre destinée est entre vos mains. Vous avez largement utilisé l’impôt, consacrez maintenant vos efforts a relancer l’économie avant de vous attaquer à un autre chantier qui reste sur votre table de travail : la simplification du millefeuille.
Jean-Claude MORAND –07/09/2011
Crédit photo : Istockphoto

[3] ETI è Entreprise de taille Intermédiaire. Selon Wikipedia, elle est constituée des entreprises qui n'appartiennent pas à la catégorie des PME et qui, d'une part, occupent moins de 5000 salariés, d'autre part, ont un chiffre d'affaires annuels n'excédant pas 1,5 milliard d'euros ou un total du bilan n'excédant pas 2 milliards d'euros