samedi 10 avril 2010

10'053 emplois perdus en 15 mois en Haute-Savoie

10/4/10 - 10'053 emplois perdus en 15 mois c’est énorme ! Pour donner un ordre d’idée complémentaire la comparaison du journaliste c’est presque autant d’emplois que ceux liés au tourisme dans le département !

Est-ce bien dû à la crise ? Personnellement je ne le pense pas. Pourquoi ?

La crise de fin 2008 est d’ordre financière. Les traders ayant joué avec des instruments financiers ayant mis à mal les banques occidentales. Ces banques ont donc dû très rapidement reconstitué leurs réserves quelques fois avec l’aide des états, mais aussi en coupant les robinets des crédits. Certes les entreprises les plus fragiles et celles dont les fonds propres étaient faibles ont souffert et souffrent encore. Mais n’oublions pas que la croissance mondiale en 2009 est certes négative, mais pas autant que cela, de plus les prévisions de la Banque Mondiale pour 2010 et 2011 sont optimistes avec des taux de progression du PIB mondial respectivement de 2.7 et 3.2 % pour chacune de ces années.

Selon l’article du Dauphiné (ci-dessous), l’industrie haut-savoyarde au perdu en 15 mois 4'494 emplois, presque autant qu’entre 2000 et 2007 (-5487 emplois). Le journaliste se livre ensuite à une prospective en considérant qu’il faudrait attendre 2018 pour retrouver le niveau d’avant la récession. Je ne partage pas cette vision, car c’est oublier que depuis une décennie les emplois industriels ne cessent de se détruire. Entre 2005 et 2006 la perte était de 3.5 %, en 2007 donc avant « la crise » ce taux montait à 3.8 % pour atteindre 53'116 emplois et maintenant 46'295. En fait, « la crise » n’est qu’un cheval de Troie au sein duquel se cache une forte tendance de délocalisation des emplois industriels qui ne reviendront pas. Tout au plus, la crise a donné un coup d’accélérateur permettant aux entreprises de justifier les mesures d’économie en s’approvisionnant ailleurs. Cette tendance n’étant pas limitée aux activités du décolletage.

Si vous êtes à la tête d’une entreprise, et que vous avez la possibilité de produire en Asie ou en Roumanie pour le dixième du coût local, vos considérations sociales et politiques[1] qu’évoque Carlos Ghosn – PDG de Renault - dans une interview des Echos aujourd’hui, ne tiennent pas devant la perspective d’une cessation d’activité.

Nous pouvons tout au plus espérer maintenir le nombre actuel d’emplois industriels, mais sans l’arrivée d’un gros employeur il est vain d’espérer pouvoir retrouver les emplois de 1990 (58'921).

Cela dit, nous ne devons pas baisser les bras pour autant. Des alternatives aux emplois industriels existent et surtout la lecture de ces chiffres doit être un facteur de motivation pour tous ceux qui ont la légitimité de développer l’économie dans notre région. Quitte à me répéter, je considère que notre environnement naturel se prête bien au développement des activités tertiaires. En ce domaine, nous pourrions faire beaucoup plus en particulier en créant les conditions fiscales et techniques pour accueillir des sociétés holdings animatrices (sièges sociaux de groupes internationaux) comme le font nos amis suisses avec des niveaux de salaires bien plus élevés. Les emplois induits directement et indirectement par les TIC ont aussi un réservoir de possibilités qui méritent une attention plus marquée.

Jean-Claude MORAND

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[1] « Si sur le papier une décision de délocalisation est peut-être économiquement la meilleure, elle n'a pas de sens si elle n'est pas politiquement et socialement acceptable. » http://www.lesechos.fr/management/carre-vip/020465284013---ce-que-cette-crise-m-a-appris--.htm