mardi 26 janvier 2010

Pourquoi nommer un délégué interministériel pour l’éducation numérique en Afrique ?

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Lionel Tardy, Député de la Haute-Savoie s’étonne sur son blog de la nomination d’un délégué interministériel pour l'éducation numérique en Afrique.


Pour être intervenu sur le thème du numérique pour, et dans, les pays du Maghreb, je trouve cette décision logique.

Par exemple fin 2006 j’étais à Tunis pour parler de Web 2.0 alors que le concept était encore naissant en France. Ne l’est-il pas encore ? A cette occasion et d'autres, j'ai pu observer une culture importante du numérique même si le PIB du pays n'est pas au niveau de celui de la France. J’ai également eu le plaisir de partager mes connaissances avec des étudiants de l’université de LECCE . Cette université a depuis longtemps saisi l’opportunité de la formation sous forme d’un master en e-Business avec un recrutement effectué dans les pays du nord de l’Afrique dans le cadre d’un programme européen. Ces actions de formation sont une forme de développement de l’aura du pays. Former des cadres ou employés qui auront ensuite le réflexe « France » est un investissement qui permet de récolter des fruits à long terme. J’en prendrai pour preuve deux de mes étudiants qui fréquentaient le cursus de LECCE en provenance du Maroc après avoir suivis celui de l’IAE d’Aix en Provence ; ils sont maintenant professeurs à SupdeCo de Montpellier suite à l’obtention d’un Doctorat conjoint à l’Université de San Diego (Etats-Unis) et celle de Lecce.

Dans le même ordre d’idée, les Nations Unis (UNCTAD) ont créé un programme de formation en e-Tourisme pour quelques pays africains. Je n’ai malheureusement pas pu accepter d’intervenir dans ce programme, mais mon ami Philippe FABRY en charge des nouvelles technologies chez ATOUT France a eu l’occasion de représenter la France et ainsi de prêcher la bonne parole dans ces pays. La qualité du kit pédagogique déployé en Afrique fait que nous avons considéré un déploiement pour les institutionnels (principalement les Offices du Tourisme) Français.

Je perçois cette nomination à l’initiative du Ministère des Affaires étrangères comme une volonté positive de la France de maintenir et de gagner des parts de marché sur ce continent. Un continent convoité par les pays anglophones à l’Est et un peu partout par les Chinois qui installent également des infrastructures numériques. Les entreprises françaises doivent aussi pouvoir influencer et répondre aux appels d’offres de ces pays en matière d’éducation. Qu’en sera-t-il si les Africains sont formés par les Chinois, les Américains ou encore les Italiens comme je l’ai fait ?

Nous avons, en France, et dans la région quelques entreprises qui peuvent intervenir pour fournir des contenus éducatifs et des logiciels et de la technologie appliquée à l’éducation. A l’heure où le Ministère de la Recherche lance des appels à projets pour le « serious gaming » dont l’un des principaux débouchés et justement l’éducation, c’est autant d’opportunités commerciales pour instaurer de nouvelles formes d’enseignement en particulier en utilisant la formation à distance et pour pallier au manque d’enseignants dans ces pays. C’est aussi un fabuleux marché que le centre de compétitivité IMAGINOVE soutient à Annecy comme en région Rhône-Alpes afin que nos startups puissent se positionner aussi en Afrique.

Alors effectivement on peu toujours faire mieux dans notre pays, bien que les services du Secrétariat d’Etat à la Prospective et du Développement de l'économie numérique, récemment créé, assurent cette coordination. Mais que dire quand nos élites ne sont pas « branchés » ? Combien de professeurs et d’instituteurs sont-ils capables de maintenir un réseau pour leur école ? Par eux-mêmes ? S’ils sous-traitent cette activité, avec quel budget ? Combien connaissent-ils le potentiel de Facebook, de Twitter, Viadeo ou LinkedIn ?

Alors oui, je pense qu’il est judicieux que mon pays investisse quelques dizaines de milliers d’euros pour se rapprocher des africains, de leurs marchés et de maintenir l'aura de la France dans le domaine de l'économie numérique.