samedi 9 janvier 2010

De la discrimination positive pour l’entrée dans les grandes écoles.

Quota ou pas quota, il est vrai que l’ascenseur social est en panne et que les « élites » fabriquées par les grandes écoles sont de moins en moins en phase avec la société. Alors quelles solutions peut-on envisager ?

Excellent iStock_000003459153XSmall Issu d’une famille plutôt modeste, mes parents m’ont demandé de me débrouiller tout seul après le bac. C’est ainsi que j’ai eu le plaisir d’être le premier « pion » de sexe masculin au Lycée Gabriel Fauré qui était jusqu’alors uniquement un lycée de filles. Mais pas question de faire des heures au dortoir ! Cette fonction ne m’a donc pas permis de pouvoir fréquenter la Fac et encore moins un IUT ou une grande école, raison pour laquelle, j’ai du me résoudre à me former en parallèle à ma vie professionnelle et à démissionner d’un poste de Directeur Financier à 30 ans et à casser ma tirelire pour préparer un DEA, suivi peu après d’une thèse de Doctorat (Les taux de chômage étaient alors inférieurs à 1 % à Genève !). Suis-je pour autant considéré comme une sous-élite ? Certainement en France ! Pays où « par « élite », comprenez ce petit groupe d’élus détenteurs d’un bac avec mention, rescapés de deux ans de prépa, diplômés d’une grande école » comme l'écrivait Caroline Castets dans un article du Nouvel Economiste en novembre dernier. Mais pour la carrière internationale que j’ai eue, cela n’a pas été un handicap majeur, ayant aussi perfectionné mon anglais dans un pub gallois pendant plusieurs mois. A 40 km d’Annecy, la valeur des classes prépa est totalement méconnue non seulement de nos amis suisses, mais aussi des nombreux cadres internationaux qui animent les organisations et entreprises internationales de la citée de Calvin. Certes, j’aurais sans doute bénéficié d’un meilleur réseau et peut-être d’un meilleur ticket d’entrée si j’avais pu fréquenter HEC ou l’ESSEC. Mais doit-on pour autant instaurer un système de sélection à deux vitesses ? Je ne pense pas. Car comme le soulignent de nombreux dirigeants d’écoles, tout comme les Jeunes Pop de la Marne : « Réserver une partie des places d’un concours aux élèves de ZEP ou aux élèves boursiers constitue de facto la création de deux catégories d’étudiants distinctes alors que l’objet d’un concours était de n’en créer qu’une seule, sur le critère de la réussite, sans stigmatisation sur l’origine sociale du candidat. Rappelons qu’il y a dix ans, la Cour Suprême des Etats-Unis a censuré la discrimination positive : elle avait été saisie par des étudiants noirs qui se plaignaient de la dévalorisation de leurs diplômes. »

Si je m’oppose à la discrimination positive, je regrette comme la Ministre de la Recherche que l’ascenseur social soit actuellement en panne. Pour avoir un fils en 2e année d’une prestigieuse classe préparatoire, je comprends la dure réalité financière de ce type de formation. En 2009, mon budget a été imputé de plus de 13'000 euro pour lui donner la chance de pouvoir intégrer l’une des 6 grandes écoles de commerce de la catégorie « A ». N’étant pas boursier, il doit payer les frais d’inscription aux concours qui sont de l’ordre de 1'000 euro ! Pour en arriver là, il a travaillé et obtenu de brillants résultats, une mention TB au bac, mais aussi un engagement social et scolaire qui lui a ouvert les portes d’une classe prépa très sélective qui place habituellement plus de 90% de ses élèves dans ces 6 grandes écoles. Je trouverai profondément injuste que d’autres élèves puissent être admis sans passer par le même processus de sélection au niveau des connaissances, du savoir-faire et du savoir-être que l’on attend d’une élite. Et c’est peut-être dans ces deux derniers critères que l’on peut trouver des pistes pour mieux intégrer les étudiants des classes sociales les moins favorisées sur le plan financier. Car, une entreprise, une Société avec un grand « S » a besoin de leaders dotés d’une intelligence émotionnelle hors pair. Et par leader, je crois de moins en moins au charisme trop souvent autoritaire du patron qui impose son autorité plus que de l’affirmer. J’adhère aux principes édictés par Jim Collins dans son ouvrage « Good to Great » par lequel l’excellence s’obtient en mobilisant l’énergie et stimulant la créativité des personnes de son entourage. Les élites du 21e siècle ne ressembleront pas à celle du 20e. Je partage largement l’affirmation d’Isabel JUBIN, Directrice de l’Ecole Sainte-Geneviève selon laquelle « l’élite n’est ni sociale, ni savante, mais spirituelle dans le sens de responsable. »


Donc pour remettre en route l’ascenseur social je propose :

1) Que les conditions de sélection prennent en compte le savoir-être et le savoir-faire des futurs étudiants. Je reconnais cependant que ces concepts ne sont pas aisés à évaluer.

2) Plus qu’un quota, nous devrions favoriser un réel enseignement public où les meilleurs pourraient voir le coût de leurs études et l’enseignement pris en charge par la collectivité. Pas forcément sous forme de bourse, mais aussi sous forme d’internat que certains appellent "internat d’excellence" afin que les meilleures conditions de préparation aux concours soient réservées à ces élèves considérés comme hauts potentiels.

3) Une fois admis dans une grande école, les étudiants pourraient bénéficier d’un salaire leur permettant de vivre décemment moyennant un contrat de travail de plusieurs années à la fin des études pour le compte d’une administration. Une autre piste pourrait être d’encourager fiscalement la création de bourse d’entreprise (un peu comme les conventions CIFRE actuellement réservées aux doctorants).

4) Subsidiairement, des prêts à taux 0 pourraient être imaginés. Mais leurs montants doivent prendre en considération non seulement les frais de scolarité de ces écoles, mais aussi des frais de vie soit un minimum de 20'000 euros par ans soit entre 80 et 100'000 euro. Autant dire que les prêteurs ne vont pas se bousculer et que du point de vue des emprunteurs c’est une lourde dette à supporter à l’heure où les salaires à l’embauche baissent même pour les élites.


9/1/10