dimanche 15 novembre 2009

Aménagement de l’espace des Trésums

DSC_0170 J’ignore quelle sera la portée de cette discussion démocratique et s’il est encore possible de modifier de manière substantielle le contenu de ce projet architectural d’aménagement de l’espace des Trésums. Le Dauphiné Libéré invitant les habitants de l’agglomération à s’exprimer je le fais donc ici.

En premier lieu, tout en étant plutôt avant-gardiste dans mon attitude et mes goûts, je dois avouer que ce projet architectural ne me séduit pas par son esthétique. J’aurai accepté avec plaisir une audace architecturale qui marquerait l’entrée de la ville dans le 21e siècle. Mais j’ai l’impression que pour le projet actuel les auteurs ont voulu prendre en compte trop de paramètres pour finalement proposer une approche un peu bâtarde à mes yeux. Leur vision parisienne de la Savoie de concept de chalets moderne pourrait trouver sa place aux côtés des œuvres de l’architecte américano-hongrois Marcel Brauer à Flaine dont l’architecture est classée à l’inventaire des monuments historiques, mais le bord du lac d’Annecy est-il vraiment le meilleur endroit pour poser ces « cailloux » comme il nous l’a été expliqué ? L’équipe a bien tenté d’intégrer l’habitat pour minimiser l’impact visuel, tout en essayant de donner de la vue sur le lac à certains bâtiments, mais là encore ne vaudrait-il pas mieux prendre le risque de rendre visible une véritable œuvre d’art qui pourrait faire la fierté des générations futures ? Pourquoi faut-il absolument densifier la population dans cette zone où la circulation est pour le moins difficile ? L’architecte se dit avoir été intimidé par la nature du site, on peut le comprendre et cela se voit dans sa proposition, n’aurait-il pas dû se lâcher un peu plus ? Est-il possible de revoir à la baisse le nombre de logements en sachant que d’autres zones se développent dans l’agglomération ?

iStock_000003233100XSmallL’aspect blockhaus saute aux yeux, une couverture en zinc ne correspond pas à l’histoire de notre ville et de notre région. Je ne peux me résoudre à qualifier le recours à ce matériau comme une audace architecturale. De plus, j’anticipe que ces bâtiments devront répondre aux normes écologiques RT2012 et/ou des bâtiments de basse consommation (BBC) ce qui veut aussi dire ces toits vont partiellement être couverts de panneaux solaires. Sur le fond, je suis plutôt en phase avec cette approche d’économie d’énergie, sauf qu’elle n’a pas été intégrée dans le concept architectural.

Le projet prévoit une place de parking par appartement, c’est trop peu même si à cet endroit ont peut supposer que la zone soit bien desservie par les transports en commun, il serait préférable de compter au moins deux places afin de tenir compte du besoin des visiteurs, de l’hôtel et du personnel des équipements collectifs prévus.

Le projet prévoit 600 logements au total, ce qui me chagrine le plus c’est le nombre très restreint d’appartements qui disposeront d’un cône de vue agréable. Alors, je franchi le pas pour assumer que ces attiques seront vendus au prix fort, sans doute beaucoup plus que les 6000 euros du m2 actuellement pratiqués le long de l’avenue d’Albigny. Mais de plus, comme les acquéreurs se presseront vraisemblablement chez le promoteur, j’imagine qu’en plus de l’argent il faudra appartenir à un réseau de privilégiés probablement des notables lyonnais ou parisiens. Annécien de souche, je regrette que notre ville ressemble de plus en plus aux villes de villégiature que l’on trouve sur la Côte d’Azur. Pour alléger la densité des constructions, je propose du supprimer la réalisation des logements « privés ». Je suis plus réservé en ce qui concerne les logements sociaux, dont l’agglomération à besoin. Je me demande simplement, au risque de ne pas générer un enthousiasme populaire s’il n’existe pas d’autres lieux pour les réaliser afin que cette zone puisse vraiment être le grand parc que la ville espère que tous les Annéciens et touristes puissent profiter de l’un des derniers espaces collectifs disponibles à proximité du centre historique et du lac. A l’heure où notre pays se pose des questions quant aux grands projets pour le futur, j’inscrirai également les Trésums dans cette démarche en allouant des mètres carrés à des établissements de formation. Je pense par exemple à un accélérateur qui pourrait être donné pour les formations multimédias qui s’inscrirait dans la continuité des efforts entrepris par les animateurs du festival du film d’animation et du MIFA.

Pour avoir eu l’opportunité de travailler pendant plusieurs années au Centre Hospitalier d’Annecy, j’ai eu le privilège d’admirer les boiseries de la veille pharmacie et d’une manière plus générale l’ambiance de la bâtisse du vieil hospice qui longe l’avenue des Marquisats. Je souhaite que cet endroit soit conservé et ouvert au public sous forme d’un musée. Cela constituerait ainsi une zone d’attraction complémentaire pour les Annéciens et les touristes et une valeur ajoutée pour l’hôtel de 110 chambres prévu à cet endroit. Pourquoi pas plus de chambres si la ville souhaite se positionner sur le marché du tourisme d’affaires ?

Certains suggèrent qu’un centre de congrès soit bâti à cet endroit. Je ne pense pas que cela soit une bonne idée, car, pour avoir fréquenté de nombreux centres de congrès un peu partout sur la planète, ce genre d’équipement est avant tout composé de salles obscures pouvant accueillir des centaines de personnes qui travaillent en général dans une semi-obscurité pour visionner et écouter les présentations des intervenants. Ils n’ont pas besoin d’avoir un vue sur un lac ou des montagnes ! Les congressistes travaillent pendant la journée et se détendent le soir et le week-end ! Un centre de congrès c’est aussi autant de places de parking que de congressistes, surtout s’il on prend en compte la nécessité d’accueillir les camions des entreprises, les voitures du personnel d’accueil et technique. Certes Cannes et New-Orleans ont les leurs sur le front de mer, mais Genève, Lausanne, Munich, Berlin et bien d’autres villes ont les leurs éloignés des centres touristiques en gardant cependant la possibilité d’héberger leurs hôtes en des lieux sympathiques. Car n’oublions pas que l’agglomération d’Annecy ne dispose que de 1300 chambres d’hôtel et que l’option du développement du tourisme d’affaires dans notre ville demandera aussi d’étoffer considérablement nos capacités d’accueil sur ce point… donc de prendre de l’espace. Où le trouver si les bords du lac sont mobilisés par les salles de réunion ? Où nos enfants iront-ils se promener si, comme Bonlieu, nous bétonnons les abords des centres d’intérêt de notre Venise des Alpes ?

Alors en résumé, je suggère que la municipalité accepte de remettre sur la table à dessin ce projet. Que compte tenu de la raréfaction des terrains dans l’agglomération, une règle simple soit appliquée pour ce lieu autant que pour le haras c'est-à-dire qu’en cas d’aliénation d’un terrain appartenant à la collectivité seuls des projets collectifs ou présentant un intérêt tel soient retenus. Alors, OK pour des équipements collectifs, pour un hôtel, pour une maison de retraite de grande capacité, pour un grand parc, des parkings souterrains… mais pas pour quelques centaines de m2 vendus à prix fort construits sur un espace appartenant à la collectivité. Ce n’est la marge sur le prix de vente dès ces m2 qui va venir équilibrer le budget de l’opération et même si c’était le cas, je préfèrerais payer plus d’impôts afin que les futures générations puissent pleinement profiter de cet espace unique.

Jean-Claude MORAND – 15/11/09